La fragilité de la vie - Brandi Williams
Brandi Williams

La fragilité de la vie

La fragilité de la vie - Brandi Williams

Ce matin, j’ai retrouvé une lettre qu’une de mes bonnes amies m’avait fait parvenir un jour. J’ai décidé de vous en partager un extrait, car aujourd’hui, cette amie est décédée. En relisant cette lettre, j’ai réalisé combien, parfois, les malheurs d’une vie peuvent s’acharner sur une personne. C’est pourquoi il est important de chérir et d’apprécier chaque petit moment de bonheur. Qui sait si cela ne sera pas le dernier…

Voici donc une partie de la lettre de Marie…

Je n’ai pas toujours vécu ici. Comme tu sais, je suis originaire du Rwanda, où j’ai vécu avec mes parents jusqu’à mes 16 ans. Avant 1994, nous menions une vie bien tranquille dans notre village. C’était la belle époque. Les gens s’entendaient bien, notre village était dans une dynamique de développement. Brusquement, tout a changé. Jusqu’à maintenant, je ne comprends toujours pas ce qui s’est réellement passé. Pourquoi les gens se sont mis à s’entretuer ? Avec ma famille, nous étions pris sous le feu de la folie. Un matin, des gens armés de machettes sont venus dans notre village, et ils ont commencé à tuer tout le monde.  Tous nos voisins ont été tués. Nous avons pu échapper de justesse au massacre, grâce à mon père qui s’était réveillé un peu plus tôt.

Notre fuite

Nous nous sommes dirigés vers la forêt qui bordait notre village. Des gens s’y étaient déjà réfugiés avant nous. J’y ai pu rencontrer une amie avec qui je partageais souvent la route de l’école. Elle était seule, toute sa famille n’a pas pu s’enfuir à temps. Notre seule chance de s’en sortir, était de rejoindre la garnison militaire française qui était stationnée sur une route, à quelques kilomètres de là. Dans la hâte, nous n’avions pas pu prendre nos effets personnels, nous avons dû abandonner ce que nous avions de plus précieux derrière nous.  Ma mère était en larmes, elle n’arrivait pas à croire qu’une telle barbarie pouvait se produire. Nous étions en train de nous entretuer, alors que nous étions le même peuple, et que nous avions le même sang. Nous avons donc décidé de prendre le sentier qui allait nous mener vers la route. Ce fut une expérience très éprouvante, car nous avions peur de nous faire remarquer et poursuivre par les Hutus.

Notre salut

Après des heures de marche dans la forêt, nous avons enfin pu atteindre une route. La garnison militaire française y était bel et bien présente, et elle nous a aidé du mieux qu’elle pouvait. C’est là que mon père a pu rencontrer l'un de ses collègues qui travaillait dans la gestion de patrimoine à Paris. Nous devons la vie à cet homme, car c’est lui qui nous a permis de venir au Canada, grâce à ses relations. Mon père lui est reconnaissant pour ce qu’il a fait pour nous, et je le suis également.