Le goudron - Brandi Williams
Brandi Williams

Le goudron

Le goudron - Brandi Williams

J’ai eu la frousse dernièrement, et je ne me gêne pas de parler de cette situation qui me donne envie de quitter la ville le plus rapidement possible. Je déteste ce qui se passe dans ma vie, et je dois absolument en parler. Je vais décrire ce qui est arrivé pour que les gens sachent que je me fais malmener depuis très longtemps.

C’est comme si les gens savaient que je remarque ces choses. C’est comme si je n’en avais pas assez d’avoir des taches brunes sur la peau, il faut que ces personnes-là me donnent plus de rides et de boutons d’acné pour que les autres me fuient. Je suis célibataire depuis trop longtemps déjà, et je rêve d’être enfin en couple avec la bonne personne. Mais, on dirait que les gens cherchent à me donner de la difficulté pour rien.

Voici mon histoire. Je donnais de mon temps à une jeune femme qui travaille très fort pour partir son entreprise de théâtre et de modelling. Plus spécifiquement, elle voulait de l’aide pour la représentation d’un show interactif, dont les décorations étaient assez élaborées. Elle avait de grands tubes de carton épais qu’elle voulait peindre pour ressembler à des cannes de bonbon, accrocher des CDs par une ficelle pour qu’ils brillent à la lumière douce et sensuelle qu’elle prévoyait avoir pendant la soirée, et bien d’autres choses. J’ai décidé de l’aider, et maintenant, je le regrette amèrement.

J’ai remarqué que quelque chose clochait quand elle s’est placée à côté de moi avec une canne de métal semblable à celles qui contiennent de la peinture en me disant qu’elle contenait du goudron qu’elle avait utilisé pour l’étaler sur le plancher de « son ami ». Je n’ai pas compris de quoi elle parlait, alors j’ai continué mon travail.

Elle est venue me reconduire chez moi après une dure journée de travail. En arrivant, j’ai tout de suite vu que le papier que je posais entre ma porte et le cadre était tombé par terre, ce qui signifie que quelqu’un est entré chez moi par infraction. En ouvrant la porte, mes yeux sont tombés sur la grande flaque séchée d’un produit quelconque qui avait été mélangé avec de l’urine, mon logement empestait l’urine de chat. Mais, il était tard, alors je n’ai pas pris le temps de regarder le tout comme il faut.

Le lendemain, j’ai fait le tour du logement et l’analyse me faisait peur : le plancher au complet était recouvert de ce mélange puant et gluant. J’ai nettoyé le tout comme il faut.  J’ai commencé par le balai et la quantité de poils de chats que j’ai ramassés était trop énorme pour que ce soient seulement ceux de mes chats. En plus, l’eau dans la chaudière était noire. J’en ai déduit que la substance gluante sur mon plancher était bel et bien du goudron mélangé à de l’urine de chats.

Je me rappelais que la journée que j’ai découvert cette substance sur mon plancher, la femme en question était partie faire une petite commission qui a pris de loin beaucoup plus de temps qu’elle aurait dû pour l’accomplir. Je ne peux penser autrement que croire que c’est elle qui est entrée chez moi par infraction, et a répandu un mélange dégueulasse sur mon plancher. Elle avait fait cela après son échec de me convaincre que je devrais arrêter d’être végétalienne et que je devrais me mettre à encourager les petits producteurs de produits animaux (ses parents ont une ferme laitière) au lieu de me diriger en politique environnementale. Mon bonheur après avoir possiblement découvert mon âme sœur était probablement ce qui avait fait déborder son vase d’eau chaude, et elle l’a laissé renversé dans mon logement.

Pas besoin de dire que je ne lui parlerai plus jamais.